Un Obama sympathique mais aussi "impérial" et à la tête d'Etats-Unis hégémoniques

6 avril, 2009

Obama est partout en Europe et il en a du charisme! Et sa si belle épouse! Ce couple de couleur a conquis l'Europe et on se dit qu'il le mérite bien. Mais...

Mais Obama défend la prééminence américaine, l'hégémonie américaine, sans doute avec plus d'habileté que son prédécesseur et un esprit plus solidaire que lui. Mais l'Europe doit compter sur elle-même et ne considérer les USA que comme des partenaires. Rien dans l'histoire récente des USA - nous allons le montrer, cette page l'illustre d'ailleurs (voir notamment l'article de JC Paye un Marché transatlantique impérial) -  ne démontre que ce pays a abandonné son rêve de supériorité planétaire.  Obama fait d'ailleurs notre conquête, manifestement en un anglais parlé lentement pour mieux se faire comprendre, mais qui n'est quand même pas la langue de la plus européenne des nations européennes. Qui n'est d'ailleurs pas la langue de l'Europe (elle en a trente-six), mais qui est la langue qui domine l'Europe et qui ne la domine pas parce que c'est la langue d'un pays européen. Mais parce que c'est la langue du pays dominant que n'a jamais été l'Angleterre pour l'Europe, sauf avec des rivaux. 

Nous avons enregistré en une vingtaine d'années à TOUDI des analyses parfois prémonitoires d'événements qui pèsent sur l'actualité.

Rien ne nous frappe peut-être plus à cet égard, étant donné ce que nous venons de dire,  que l'analyse de Nicolas Bardos en novembre-décembre 1999, il y a au fond presque dix ans: Questions à propos des « relations spéciales » entre le Royaume-Uni, voire l’Union Européenne, et les Etats-Unis d’Amérique 

Quand on la remet dans ce contexte cette vidéo sur sur Sarkozy nous parle  

Elle a quelque chose de cruel non pour ce personnage qu'on n'aime pas trop chez ceux qui ont le goût de la résistance, mais elle a quelque chose de cruel pour nous Européens, qui jouons quel rôle vraiment dans ce marché translatantique dont il est question ci-dessous? 

Quand on écoute nos graves journalistes de la RTBF nous expliquer que l'Europe doit s'unir, on se demande sous le drapeau de quoi. D'autres pays, pas nécessairement beaucoup plus grands que la Wallonie, savent pourquoi ils jouent dans le jeu de l'Europe, ainsi que Ulf Hedetoft nous le rappelle dans Nationalisme et supranationalisme en Allemagne, Danemark et Grande-Bretagne. On peut toujours se poser la question de savoir quelle est notre part de liberté dans le vaste monde. L'Europe a pu montrer parfois qu'elle n'était pas absente lors de la guerre de Tchétchénie dont Thibaut Naniot analyse un épisode où l'Europe a été une actrice sur le plan international lors de l'ultimatum de Grozny, également ci-dessous.

Le fait que la France fasse à nouveau partie de l'organisation militaire intégrée de l'OTAN est, selon les commentaires de trop nombreux Français, un geste qui ne change pas grand-chose. C'est peut-être vrai en quelque sorte techniquement mais il faut se demander si c'est la "technique" entendue en ce sens qui compte en politique. C'est une question que l'on peut poser non seulement à propos de la France et de sa "réintégration", mais aussi de ce à quoi elle se réintègre car à quoi sert l'Otan?

Les plus lucides des éditorialistes, en même temps qu'ils prévoyaient ce qu'aurait de positif la présidence d'Obama, ont souligné que ce caractère positif se couplerait à une défense aussi forte - plus forte même - de l'intérêt des Etats-Unis dans le monde. Ce que l'on souhaite d'un "bon" procès, c'est que tous les partenaires de la Justice jouent bien leur jeu face aux justiciables, y compris face aux victimes. De ce point de vue, on peut espérer raisonnablement qu'Obama défendra bien, intelligemment  son pays dans le monde. Mais en souhaitant qu'il soit correct, souhaitons aussi que l'Europe le soit et se souvienne des grands résistants à la barbarie du milieu du XXe siècle qui lui donnèrent ce qu'elle n'a pas assez (et peut-être plus tout à fait): l'ambition de jouer un rôle autre que celui des USA. Elle le peut parce qu'elle s'est formée autrement que les USA, du moins à partir du moment où elle est devenue une Union. Ce modèle aurait de quoi convaincre surtout au moment où le néolibéralisme qui est sans doute aussi au fondement de la puissance des USA est gravement mis en cause. Là, il y a aussi un autre modèle de fraternité à défendre. Même s'ils n'ont pas à leur tête un homme aussi charismatique qu'Obama, les Européens ont plus de choses que lui à dire au monde.

Prendre ce parti d'être wallons et européens, non pas au sens transatlantique et en goûtant ce qu'a de bon et de grand la prééminence de la chose publique en Europe, c'est aussi la vocation d'une revue comme la nôtre.

Autres points de vue :

Thierry Meissan

Jean-Claude Paye