Un ancien résistant inquiété par le Ministre Flahaut !

Willy Colette
Toudi mensuel n°56-57, juin 2003

Né en 1928, Willy Colette devint - fait exceptionnel - résistant à 15 ans. Pour des actes de sabotage, il fut arrêté par des membres flamands de la Gestapo allemande1, emprisonné à Namur, condamné à la prison et incarcéré à Charleroi. Libéré le lendemain du massacre dit de la « Nuit de Courcelles » durant laquelle les rexistes tuèrent des dizaines de notables de la région suite à l'assassinat du bourgmestre rexiste (drame magnifiquement mis sur la scène du Théâtre par Jean Louvet et Armand Deltenre : parmi les exécuteurs, le propre frère de Simenon), il fut obligé de vivre caché. Cependant, il participa directement à la Résistance armée lors des combats de la libération.

Willy Colette devait connaître encore la prison, au moins quelques heures, lorsqu'il lutta avec le Mouvement Chrétien pour la Paix contre la présence de soldats en armes dans les églises, lors des Te Deum patriotiques ou messes. Payant de sa personne jusqu'à faire scandale contre ce vrai scandale consistant à saluer « par les fusils levés le Prince de la Paix » (lors de certaines messes, ces soldats saluaient le moment de la consécration en présentant les armes, suite à des ordres presque hurlés « à la militaire », dans les églises). Le 20 mars 2003, il adresse un Fax à un réseau de journaux et publications. Il y souligne la contradiction entre les déclarations du ministre belge de la défense et celui des affaires étrangères qui refusent devant les caméras de télé, le survol du territoire belge par des avions américains lié à la guerre contre l'Irak. Puis se désistent. Cette position valut à Willy Colette une lettre assez grossière du ministre Flahaut à laquelle notre ami répondit le 30 mars par une autre lettre ouverte intitulée Résistance non violente et désobéissance civile.

Le 8 mai - fête de la Victoire contre le fascisme et le nazisme - Willy Colette faisait connaître les suites de ses interventions par ces mots :

« C'est ici que la "Défense nationale", représentée par son illustre ministre, sombre dans la plus totale et ridicule dérision. Mon document est tout d'abord transmis par ses soins à l'Auditorat militaire2de Bruxelles qui avec tout le courage et la détermination martiale propres à cette institution médiévale, le transmet à son tour... au Conseil de guerre ! Bigre ! me voilà donc menacé peut-être du peloton d'exécution. Pas tout de suite, car on finit par remarquer que le « délinquant », ce contestataire invétéré des armées, des fabricants et marchands d'armes, des mis au carré et des intelligences au garde-à-vous n'est pas militaire. Et voilà comment le 28 avril dernier, je reçois la visite d'un délégué de la police de Namur-Apostilles (ancienne gendarmerie), pour m'entendre rendre compte de mon document du 30 mars intitulé : Résistance et désobéissance civile.

Ainsi le Ministre sergent-major de la 7e compagnie, vous avez celui qui passe et repasse en revue si souvent tant les civils que les militaires avec son ostentatoire écharpe (j'allais dire son tchador) rouge, confondrait-il l'armée belge avec l'armée rouge ? En tout état de cause, il passe à l'attaque, rouge de colère, contre ceux qui proclament que "les Droits de l'homme se définissent comme une contestation permanente de l'action politicienne et de la raison d'État ".3

En attendant peut-être d'être fusillé à l'aube, je ne pouvais que confirmer à la suprême justice l'entièreté de mon document, sans regret et sans autres commentaires que ceux apportés ici aujourd'hui [au bas du texte, le procès-verbal rédigé par la Police fédérale de Namur des déclarations de Willy Colette]. Affaire à suivre, si suite il y aura...Chiche ! (s) Willy Colette»

Au-delà de cette péripétie où le Pouvoir s'est à nouveau ridiculisé (mais aussi où il a montré les limites qu'il mettait à la liberté d'expression), il y a, bien entendu, les liens que l'État belge conserve avec l'OTAN malgré une politique qu'il faut quand même saluer comme courageuse, mais qui ne va sans doute pas jusqu'au bout.

Ce qui préoccupe aussi Willy Colette - et nous tenterons de revenir là-dessus parce que cela nous paraît capital - c'est l'intégration dans l'armée officielle belge des organisations et de la mémoire de la Résistance que Willy Colette met vivement en cause, et, à notre sens, à juste titre. Car il y a dans la Résistance, même armée, un certain état d'esprit qui ne peut se laisser complètement militariser dans la « Défense nationale » officielle. Surtout « belge » pourrions-nous ajouter.

Avec une armée dirigée par le fils de Léopold III, doit-on ajouter, et ce n'est pas un détail.

La Résistance et l'esprit de Résistance, la mémoire de la Résistance, si peu respectés, n'ont pas à être caporalisés. Nous sommes évidemment aux côtés de Willy Colette.


  1. 1. Nous tenons ce renseignement de la bouche même de Willy Colette. On sait aussi que Jean Louvet, dans sa pièce de théâtre "La Nuit de Courcelles" dit pudiquement que parmi les massacreurs de ces jours terribles, il y avait des «Bruxellois », mais il usa de ce terme pour ne pas dire «Flamands » ce qui correspondait à la réalité. On peut comprendre que les Wallons hésitent à avouer ces éléments par désir de ne pas heurter ni diviser.
  2. 2. Notice de l'Auditorat militaire n° 02.012.O6/2003-CABC. Notons que Louis ichel se défend comme ceci : le ministre Flahaut ayant indiqué devant les caméras de RTL qu'il interdirait le survol du territoire belge par les avions américains, tout cela en direct, il ne crut pas possible, vu la solidarité gouvernementale, de le contredire publiquement.
  3. 3. Abbé Pierre et Bernard Kouchner, Dieu et les Hommes.