Jean-Maurice Dehousse sur le décès d'Ernest Glinne

17 août, 2009


La mort d'Ernest GLINNE marque paradoxalement le renouveau des principes sociaux qui ont dominé sa vie et la dérive des partis socialistes et sociaux--démocrates, lesquels ont progressivement abandonné ces mêmes principes.

Je la ressens, cette mort, comme une perte, alors que j'ai tenu, la semaine même qui précédait le Congrès présidentiel qui l'opposait à Guy SPITAELS, une conférence de presse qui combattait sa candidature et soutenait celle de SPITAELS.

Mais Ernest n'était pas à un paradoxe près, et lui qui a quitté le Parti Socialiste pour glisser vers Ecolo puis vers le Rattachement à la France, est cependant mort fidèle à ses convictions.

Il était né socialiste dans un parti socialiste : il est mort socialiste en dehors d'un Parti qui ne l'est plus.  A chacun sa logique.

On a oublié aujourd'hui le temps où, dans les années soixante, parlementaire rebelle comme André COOLS, Léon HUREZ et d'autres, après la Grande Grève qu'il avait soutenue, il incarnait plus que d'autres la Wallonie (comme en témoignent des caricatures de Jacques OCHS en première page du « Pourquoi Pas ? »).

Quand viendra le temps des études, le public jeune comprendra mieux.

En attendant, c'est la perte d'un ami tout autant que celle d'un "ami politique" -- si l'expression a un sens -- que je pleure.

Je me souviens aussi avec émotion de ses combats, de son éloquence, de son courage.  Et je m'incline devant son souvenir, lui qui a été très tôt l'image d'une Wallonie qui se cherchait encore et qui n'avait pas encore beaucoup de défenseurs publics.

La Wallonie a perdu l'un des meilleurs de ses fils : turbulent mais généreux.

 

 

 

Jean--Maurice DEHOUSSE

Ancien Membre du Mouvement Populaire Wallon

Premier Ministre--Président de la Région Wallonne