"Bon" et "mauvais" nationalisme en Espagne (Edito)

8 mai, 2009

Ce mardi matin, 5 mai, la RTBF reprenait les informations du journal français Le Figaro 1, se réjouissant que le nouveau Gouvernement basque soit présidé par Patxi Lopez

Celui-ci va  oeuvrer pour supprimer par exemple le fait que la connaisance du basque soit nécessaire pour exercer les fonctions de juge ou de médecin, pour supprimer à la télévision les cartes météo qui ne montrent que le temps qu'il va faire dans le Pays basque français et espagnol et les remplacer par des cartes montrant toute l'Espagne. En outre les élèves basques qui étaient jusqu'ici contraints de suivre un enseignement en basque pourront maintenant choisir entre l'espagnol et le basque. Ces projets du nouveau gouvernement basque sont loués dans de nombreux organes de presse français comme heureusement "antinationalistes".

Le problème c'est évidemment que ce nouveau gouvernement basque a été élu à la faveur du fait qu'un alias d'un parti politique qui soutient  l'ETA (organisation violente dont les actes sont certes à condamner), s'est vu interdire pour cette raison (qu'on peut comprendre mais...), par la Justice espagnole et qu'il lui a été impossible de se présenter (de ce fait) aux suffrages basques, le parti en question appelant dès lors ses électeurs à s'abstenir. 

Contrairement à ce que laisse entendre une bonne partie de la presse internationale, les nationalistes basques n'ont été nullement été congédiés par leurs électeurs. Comme on peut le lire dans Pays basque: violence, légitimité du nouveau gouvernement "antinationaliste"?, c'est même l'inverse, les partis nationalistes (ou les suffrages nationalistes), conservent la majorité au Pays basque (60% mais une minorité de sièges vu l'élimination, certes légale, de certains suffrages). Le gouvernement actuel est en fait une coalition du Parti Socialiste espgnol et du parti Populaire (droite espagnole). Il désire   - comment expliquer ce paradoxe assez difficile à expliquer? - mener en Pays basque une politique antinationaliste. Mais de quel antinationalisme s'agit-il? De l'antinationalisme basque. Le nationalisme basque étant lui un antinationalisme espagnol.

Il est vrai qu'une partie du nationalisme basque est lié à la violence de l'ETA qui a fait énormément de victimes (près de 1000 assassinats), même après le passage de l'Espagne à la démocratie. Mais il est vrai aussi que le nationalisme espagnol est lié également à la violence et cela longtemps après que la démocratie ait été rétablie en Espagne, certes, pour lutter contre la violence du nationalisme basque. Tous les éléments d'information à ce propos sont également signalés dans Pays basque: violence, légitimité du nouveau gouvernement "antinationaliste"?.

Qui donc est un "mauvais" nationaliste? Celui qui perd et qui est minoritaire?

En effet, en Belgique par exemple, on imagine difficilement qu'un gouvernement flamand non-nationaliste s'installe et supprime en Flandre l'obligation d'y faire ses études en néerlandais. On imagine assez mal que ce gouvernement flamand antinationaliste encourage les Wallons à ne plus apprendre le néerlandais qui est en fait devenu la clé d'entrée dans à peu près toutes les entreprises du pays et dans la haute administration du moins fédérale.

Allons plus loin. Puisque nous citons Le Figaro, un journal français, on imagine mal  que la presse française saluerait l'avènement à Paris d'un gouvernement qui réunirait le Congrès à Versailles en vue d'annuler l'article de la Constitution qui stipule que "le français est a langue de la République" et ne fasse plus obligation aux Français de suivre l'enseignement en français en France, mais leur donne le choix entre le français et, par exemple, l'anglais.

Il existe pourtant bien dans la plupart des pays d'Europe une stigmatisation des nationalismes, si du moins ces nationalismes ne se développent pas dans un Etat souverain. Le Gouvernement luxembourgeois a pris des mesures fortes en faveur de la langue luxembourgeoise sans essuyer jamais le reproche d'être nationaliste.

Et en Belgique, la plupart des tribunes donnent tort aux Wallons. Ceux-ci en effet, après que la Belgique soit devenue indépendante et ait dans les faits imposé le français comme la seule langue nationale, ont appris cette langue (et désappris celle qu'ils parlaient). Cela a duré tout de même cent ans. Mais en 1921 et en 1932 (en 1921 unilatéralement,en 1932 par compromis), la Flandre a imposé l'unilinguisme néerlandais en Flandre. Beaucoup de personnalités wallonnes regrettent (aujourd'hui), que les Wallons aient "refusé le bilinguisme". Sans qu'on puisse comprendre exactement ce que l'on entend par "refuser le bilinguisme" : est-ce le refus de parler l'autre langue du pays? Mais était-il, du moins psychologiquement, possible aux Wallons de devenir autant bilingues que les Flamands dont les classes dominantes parlaient le français, une langue qui est au fond une des langues de la Flandre, encore aujourd'hui? Et cela en 1932, car c'est l'année qu'a commencé l'erreur? C'est  immédiatement qu'elle n'aurait pas dû être commise...? Ou bien veut-on dire par là que les Wallons auraient dû accepter que les panneaux de signalisation dans leur Région soient bilingues? Ou encore que les critères d'admission aux administrations même chez eux incluent l'obligation de maîtriser le néerlandais? La rumeur publique n'est pas claire à ce sujet, sauf que, selon cette rumeur, les Wallons ont eu tort, de toute façon, moralement tort. Ils ne parlent pas (ou trop peu) la langue de la majorité du pays, le néerlandais. On ne leur donne certes pas tort d'avoir laissé tomber leur langue, le wallon, au bénéfice du français qui leur avait été présenté comme la langue de tous les Belges pendant un siècle et qu'ils ont appris. On leur reproche de ne pas avoir appris en même temps en 1932 le français et le néerlandais tout en laissant s'éradiquer leur propre langue. C'est un reproche moral lourd formulé constamment depuis des décennies. On leur conseille de se mettre le plus vite possible au néerlandais parce que toutes les places ne seront plus confiées qu'à des bilingues.

Les conditions pour qu'un individu devienne bilingue sont connues.

Mais pour que toute une population le devienne, non.

D'autant plus que s'il est vrai que c'est très utile d'être bilingue, personne ne pourrait dire quand les Wallons pourraient 1) devenir bilingues et 2) dans une telle mesure qu'ils pourraient acquérir socialement les mêmes avantages que les Flamands (dont on dit que les Wallons ont méprisé la langue et les voilà bien punis). Cela risque de prendre quelque temps. En attendant, s'ils subissent les conséquences du fait qu'ils ne sont pas bilingues, c'est en raison de leur mauvais choix de 1932. Et voilà. Si un siècle plus tard après ce "mauvais" choix, ils se retrouvent au chômage et minorisés dans une Belgique de plus en plus écrasamment flamande, ce sera leur faute. Et longtemps encore.

Donc la morale est sauve?

On a plutôt le sentiment que la morale est la morale des vainqueurs et des plus forts. Les Basques moins nombreux que les Espagnols ont bien tort de vouloir défendre leur langue nationale. Mais les Flamands plus nombreux que les Wallons semblent insensiblement acquérir le soutien de ces Wallons eux-mêmes, pour leur politique linguistique en Flandre et à Bruxelles et peut-être demain en Wallonie.

Quant aux Français qu'attendent-ils pour remplacer leur langue par l'anglais puisque celui-ci est devenu plus important que leur langue qui, certes, demeure la deuxième langue du monde?

Evidemment, si l'anglais doit être imposé en France, pourquoi ne le serait-il pas aussi en Belgique?

Du point de vue de la morale et du point de vue de l'efficacité de l'arrivisme social, il est au fond assez difficile de savoir ce qu'il y a lieu de faire.

Et on ne plaide nullement ici contre le néerlandais qui est une des grandes langues du monde et d'Europe.

On déplore seulement que les arguments moraux et du cynisme efficace soient constamment mélangés, en tout cas en Belgique. Que faut-il faire? On n'en sait rien. Apprendre les langues sans doute.

Mais peut-être aussi ne pas condamner les peuples qui sont nationalistes s'il sont faibles (basques, wallons, québécois ...) et féliciter les peuples nationalistes s'ils sont forts (flamands, anglais, français).

  1. 1. Le Pays Basque change de tête