Vive la République!

Toudi mensuel n°24, janvier 2000

F.Bovesse m'a convoqué le 7 août à Namur en vue de me confier la tâche d'être l '«orateur» des «Fêtes de Wallonie» lors de la cérémonie du souvenir au cimetière de Belgrade. Je venais  de  Graty (200 km aller et retour), pensant  que mon rôle d'orateur à la cérémonie du souvenir  le 19 septembre, me serait plus longuement expliqué. D'emblée, j'ai dit à Frédéric Bovesse que l'historien Vovelle m'avait convaincu que les cérémonies d'anciens combattants sont les plus républicaines (in Les lieux de mémoire, Tome I, La République). Et que, depuis belle lurette, vit dans le mouvement wallon le souvenir de la Résistance.

Après  m'avoir signalé  que j'aurais 4 minutes au cimetière de Belgrade le 19 septembre pour l'expliquer, F.Bovesse s'est levé. L'entretien avait duré un peu plus d'un quart d'heure. J'en fus surpris: faire 200 km pour un  1/4 d'heure en vue d'un discours comme celui-là qui m'aura demandé des dizaines d'heures de travail (écritures, répétitions, corrections), je trouvais cela un peu court.Pris d'un scrupule après cet entretien trop bref, je dis au collaborateur qui me reconduisait que j'en appellerais à la République. Je le revois encore, se prenant la tête dans les mains pour réfléchir et me dire: «Il n'y aura pas de représentant du Roi!»  Le 13, je transmis au Comité central des fêtes de Wallonie la biographie qu'il réclamait, y précisant que TOUDI prône la République. Le 10 septembre, j'envoyai une esquisse du discours où le mot  « République» revenait plus souvent que dans la version prononcée le 19 (soit cinq fois au lieu de trois). Je n'y indiquais pas que je terminais par Vive la République! J'étais conscient du caractère dérangeant de pareille conclusion mais j'estimais que j'allais  la justifier. Fin octobre 90, le JT1 rapporta ce même voeu républicain émis par moi, également à Namur, lors d'un colloque. Et bien accueilli, par des Namurois très représentatifs.Il y a dans la classe politique wallonne, une assez grande ignorance du travail intellectuel. Et les médias ne sont pas toujours  les mieux indiqués pour nous y introduire. J'ai  lu,  à beaucoup d'endroits, que, ce que j'ai dit, je pouvais l'exprimer dans des livres, éventuellement (remarquons déjà la réserve), à la télé, mais en aucun cas dans des circonstances pareilles.

Toutes les opinions seraient permises, sauf là où elles risquent d'avoir un impact. La liberté d'opinion est la chose la plus couramment admise. Elle ne devient un problème que lorsque l'on en use réellement! Mais si l'expression libre des opinions ne rencontrait jamais qu'approbation ou indifférence, absence de scandale ou de réaction, c'est que la société aurait été définitivement chloroformée par le fameux principe «Cause toujours, tu m'intéresses...»