Unitarisme du journal Le Soir

15 janvier, 2010

Martine Dubuisson (De la fragilité du nouveau profil d'Yves Leterme, in Le Soir du 14 janvier), s'effraie de découvrir dans le Nieuwsblad du 13 janvier que, lors de son discours du 11  aux ambassadeurs belges, Leterme n'ait pas repris, oralement, du texte distribué à la presse, la phrase suivante: « La valeur ajoutée de la Belgique augmente au fur et à mesure que la distance s'accroît. Au-delà de 500 km, les Régions ont tout intérêt à faire valoir au maximum la marque Belgique » . Le fait qu'il ne l'ait pas prononcée pourrait, aux yeux de Martine Dubuisson, signifier qu'Yves Leterme ne serait pas si partisan  que cela du fédéralisme de coopération dont il se réclame. Pour être  considéré comme un fédéraliste de coopération (pléonasme  qui a remplacé  celui du fédéralisme d'union),  faudrait-il donc que les entités fédérées soient en quelque sorte obligées d'avoir si peu de sens? Mais quel sens y aurait-il alors à ce qu'elles « coopèrent » ? En fait, ce que voudrait probablement Martine Dubuisson, c'est qu'on n'en parle plus...

Dans La Libre Belgique, on pouvait lire récemment cette remarque du Professeur Min Reuchamps sur la minorité d'étudiants (en droit, sciences sociales, communication...), de l'Université de Liège partisans du retour à l'unitarisme «  Le fédéralisme comporte, dans l'esprit de beaucoup de gens, deux sens négatifs : il est perçu tantôt comme le moins mauvais système, tantôt comme l'antichambre du séparatisme. Comme fédéralisme rime avec conflit, les jeunes s'imaginent qu'avant tout était apaisé. Mais ils n'ont jamais connu l'Etat unitaire. Ils ne comprennent pas toujours que c'est précisément parce qu'il y avait des conflits que le fédéralisme a été introduit en Belgique . » (1)  Malheureusement, dans la voie de l'ignorance et de l'aveuglement, certains dirigeants les précèdent :

On est un peu effaré de constater que beaucoup de journalistes aujourd'hui, plus si jeunes que cela,  semblent tout aussi ignorants que les étudiants visés par le Professeur Reuchamps, que ce soit en matière de fédéralisme ou d'histoire de Belgique. La directrice du « Soir » ne semble pas toujours non plus très au courant (2), et ignorer, comme certains de ses collègues, le verdict d'historiens comme le Wallon Destatte ou le Flamand Beyen pour qui cette nostalgie francophone a l'effet inverse de ce qui est souhaité par ceux qui la nourrissent, car  elle affaiblit encore plus la Belgique  (3). Evidemment,  en choisissant comme homme de l'année Bart De Wever, la Flandre ne peut que s'en réjouir dans la mesure où cette Flandre, elle, se prépare à une quasi indépendance. En revanche, les Wallons un peu conscients - ou les démocrates -,  devraient, eux, s'inquiéter de voir trop de médias francophones pousser systématiquement leurs lecteurs à mépriser leurs propres institutions et à entrer dans l'avenir à reculons. Quitte, ensuite, à crier au crime parce que la Flandre veut scinder BHV. Souvent, les adversaires du fédéralisme et d'une autonomie plus grande des Etats fédérés sont des Belges antiflamands ou antiwallons. Qui regrettent une Belgique, disons de 1930, qui, au surplus, n'a même jamais existé. (4)

(1)  La Belgique en pointillé

(2)  Béatrice Delvaux et la Wallonie

(3)  L'identité belge continue à s'affaiblir (...) Cela même si l'on constate un renforcement de l'identité belge en Wallonie et à Bruxelles parce que ce renforcement, en fait, paradoxalement,  et parce qu'il est une réaction à une Flandre qui abandonne la Belgique, « semble ... accentuer l'affaiblissement de la Belgique qui s'est manifesté au cours des dernières décennies ». Voir Un autre Pays

(4)  Figures belges lors du centenaire en 1930