Un colloque, important, capital (« Les Relations Wallonie-Bruxelles », Mons, 9/5/98)

Toudi mensuel n°10, mars 1998

 

Samedi 9 mai à  l'Université de Mons-Hainaut. à partir de 9h 30  jusque 16h.30, les revues Sources, La Revue Nouvelle, Les Cahiers Marxistes et TOUDI se rencontrent pour  repenser  les relations Wallonie-Bruxelles. Ce colloque s'intitule La Communauté française et puis après? ou Les relations Wallonie-Bruxelles.   Des intervenants sont d'ores et déjà contactés ( F. Bismans, F. Martou, F. André, Inge Degn etc.). Vous recevrez une invitation personnelle où les choses seront précisées. La journée commencera avec trois  ateliers («Etat  et nation», «Compétences et économie», «Rapports Wallonie-Bruxelles»). Puis, l'après-midi en séance plénière, on entendra la réaction de « témoins étrangers» (par exemple  Inge Degn).  C'est  l'aboutissement d'un long effort. dont le texte introductif   ci-dessous témoigne. Il n'est qu'un document de travail préparatoire, mais est aussi le fruit de 18 mois de discussions.

Les Wallons et les Bruxellois n'ont jamais pu se prononcer expressément sur l'opportunité et la forme de l'espace francophone. Ils se sont mobilisés pour le fédéralisme depuis longtemps, notamment depuis les années 60. Et pourtant, face aux institutions mises en  place, l'incompréhension du citoyen, vis-à-vis de celles-ci comme de bien d'autres, semble devenue une évidence pour sondages. Au demeurant,  la perspective de nouvelles négociations institutionnelles pour 1999 n'a donné lieu jusqu'à présent qu'à des essais de positionnement des piliers et des partis, le pronostic électoral et la présence future dans les Exécutifs constituant l'alpha et l'oméga de l'analyse.

Notre ambition est de rouvrir  un débat où reconfiguration et légitimation des institutions soient portées par les citoyens de Wallonie et de Bruxelles.

En se souvenant de l'échec des étudiants et des enseignants francophones, en pensant aux difficultés récurrentes du secteur non-marchand francophone (la RTBF, ... et dernièrement, les crèches), l'incompréhension du citoyen prend une dimension particulière, et vise une institution particulière, la Communauté française. Les originalités de partages de compétences confus - par exemple pour les bâtiments scolaires publics hier, pour l'emploi de puéricultrices aujourd'hui - renvoient aux limites de son financement, et celles-ci ont à voir autant avec son statut même.

En première instance, les échecs et les difficultés ont montré  la quasi impossibilité d'opérer une jonction entre mouvements sociaux nés sur le terrain économique et sur le terrain culturel: " on a laissé tomber " les enseignants, les étudiants... et cette division des problèmes - qui n'est ni neuve ni fortuite - révèle entre autres, l'absence de référence des Wallons et des Bruxellois à un cadre politique commun, intégré. C'est que la Communauté française a été conçue et se maintient en somme, défensivement, comme pendant de la Communauté flamande,  sa fausse jumelle en belgitude.

Car en, deuxième instance, l'asymétrie des relations Région-Communauté entre Flandre et Wallonie reflète le caractère particulièrement artificiel du statut de la communauté française au regard de la réalité sociale: une citoyenneté régionale mobilisant et reconnaissant tous les résidents sur son sol peut se construire en Flandre sous un drapeau communautaire, qui ne concerne hors son territoire qu'un groupe marginal (2-3%) de Bruxellois flamands; placer la Wallonie sous un drapeau francophone englobant 25% de Bruxellois revient à la paralyser, notamment en l'obligeant à dissocier ou à excentrer tout projet culturel de son édification économique et sociale, et à imposer de facto, aux Wallons comme aux Bruxellois, une conception restrictivement linguistique de la culture, voire de l'appartenance politique.

D'autre part, la concurrence-confrontation des Communautés à Bruxelles ne peut conduire qu'à de reculs démocratiques: mise sous tutelle fédérale, apartheids, exclusion-manipulation des populations d'origine étrangère... selon. Nous ne perdrons pas de vue que l'exigence imposée à chaque citoyen d'un pays d'assumer une (sous-)nationalité a montré, en Europe centrale et de l'Est notamment, que la dérive nationaliste était le chemin le plus facile et donnait sa force aux plus dangereux des populismes surfant sur les crises socio-économiques.

Que proposer?

Ces constats et analyses méritent certes d'être affinés. Ils nous paraissent suffisamment fondés pour que nous vous proposions d'explorer plutôt la possibilité d'une refondation au départ des espaces publics habitables et réellement habités, ceux des Régions.

C'est là que les citoyens devraient pouvoir exercer la plénitude de leurs droits, concevoir des projets de société - articulant culture et économie - et pas seulement de gestion locale. C'est de là qu'un système de solidarités francophones devrait pouvoir être reconstruit, chacun des interlocuteurs - Wallons et Bruxellois - prenant en compte les spécificités des situations respectives, notamment en fait de coexistence de cultures.

Une telle perspective partirait des citoyens et non  pas des " compétences " héritées de l'État fédéral avec des vices, des maladies et invalidités divers. Côté wallon, elle devrait libérer un espace politique qui pourrait s'incarner, par exemple, dans la constitution d'une circonscription unique, et s'imposerait aux espaces locaux «sous-régionaux» qui ont souvent prévalu jusqu'ici. Côté bruxellois, elle devrait libérer un espace vraiment interculturel échappant au remake mini-belgicain.

Entre Bruxelles et la Wallonie, elle devrait permettre de concevoir un nouveau contrat échappant à l'inertie d'une centralité bruxelloise inéquitable. A Bruxelles et en Wallonie, elle devrait trouver à s'appuyer sur des actes fondateurs forts, renouant avec l'intense revendication populaire wallonne des années 60 en matière de référendum.

De manière générale, Wallons et Bruxellois devraient éprouver l'espace de leur liberté pour y découvrir leurs citoyennetés propres. Cette perspective doit donc s'étayer de réponses précises à un certain nombre de questions-clés réputées incarner une tension Région/Communauté.

C'est pourquoi nos quatre revues se sont associées pour inviter leurs abonnés à une journée de rencontre qui en permette une discussion consistante.

Les Cahiers Marxistes, La Revue Nouvelle, Sources, TOUDI