Scènes 8 et 9

Toudi mensuel n°18-19, mai 1999

Scène 8

Retour à la salle, à la tribune éclairée.

VOIX OFF - Le congrès commence !

- La salle est pleine à craquer !

- Joseph Merlot vient d'arriver.

- Regardez, il entre, c'est lui !

PRESIDENT MERLOT - « Mesdames, Messieurs,

Il y a deux mois à peine, j'acceptais l'honneur de présider le Congrès national wallon que le Comité organisateur voulait réunir à Liège. De vrais et bons Wallons faisaient appel à mon expérience pour servir les intérêts supérieurs de la Wallonie; en bon Wallon, je devais à ma conscience de répondre favorablement.

Revenu par miracle des camps allemands de concentration, j'avais retrouvé mon pays libéré du joug odieux qui l'avait écrasé durant près de cinq longues années et j'avais savouré l'indicible bonheur de respirer l'air purifié de ma Wallonie chérie qui m'avait rendu presque instantanément force et vigueur. Je me devais de participer de tout mon coeur à l'élaboration des réformes politiques qui s'avèrent indispensables et urgentes pour que la Wallonie connaisse les conditions favorables à son épanouissement complet.

Et me voici devant la lourde tâche de présider votre imposante assemblée. Nous aurions pu, si cela eût été pratiquement possible, être trois fois plus nombreux. De partout, les adhésions ont afflué.

Les hommes des mouvements politiques ont compris que l'heure des décisions est arrivée. Les syndicats se sont rendu compte que le monde du travail ne vivra une vie heureuse que si s'arrête l'hémorragie dont souffre notre économie. L'élite intellectuelle, voulant assurer l'intégrité française de la Wallonie et élever le niveau culturel de notre peuple, entend prouver qu'elle ne trahit pas.

Des industriels, menacés gravement par une concentration financière toujours plus puissante, sont résolus à prendre fermement leurs responsabilités.Leurs représentants autorisés et valeureux sont ici. Tous ensemble, nous allons cimenter nos volontés de bien faire et de réussir.

Il faut que notre Wallonie vive, s'épanouisse et prospère. Je suis fier de présider à vos débats. Ils seront, je n'en doute pas, fructueux.Chacun les voudra cordiaux et fraternels, peut-être parfois passionnés, mais toujours pondérés et corrects. L'invitation lancée par le Comité organisateur qui, grâce au particulier dévouement de son distingué  secrétaire général, a - selon moi - si bien préparé le travail, précise avec à propos nos objectifs communs.

Ce m'est un devoir de vous le rappeler :« Le développement intellectuel et artistique de la Wallonie, son essor industriel et son évolution sociale sont gravement compromis par l'inégalité dans laquelle la structure unitaire du pays place les deux régions qui le composent.Pour que la Wallonie se sente dans des conditions favorables à son épanouissement, des réformes politiques s'avèrent indispensables et urgentes. Différentes solutions ont été préconisées dans les milieux les plus divers. L'heure est venue de procéder à l'examen critique de ces propositions.

Les débats du Congrès seront larges et libres. Cependant, à aucun moment, il ne sera permis de sortir des règles constitutionnelles et légales. Notre Constitution est assez souple pour qu'on puisse, sans l'enfreindre, examiner et poursuivre toutes espèces de réformes.

Le Congrès wallon, réunissant les représentants de toutes les tendances, de toutes les classes et de toutes les régions de la Wallonie, a pour but essentiel de rechercher le remède adéquat aux maux dont nous souffrons. Nous voulons espérer qu'une solution se dégagera des exposés qui seront faits et que, sinon l'unanimité de l'assemblée, du moins une majorité substantielle se prononcera en faveur d'une formule de bonne foi, garantissant les droits de tous les Wallons. »

Notre Congrès a suscité partout curiosité et intérêt. Il bénéficie, j'ose l'affirmer, d'une sympathie profonde en Wallonie. Sans doute quelques esprits chagrins ont-ils critiqué la largeur de vues du Comité organisateur qui, selon eux, ose admettre la présentation et la défense des thèses dites extrémistes.

Répondons-leur que nous avons conscience de nos responsabilités et que la large discussion de tous les postulats de Wallons sincères qui ne pensent qu'à servir les intérêts de la Wallonie est un droit que nous entendons, en démocrates vrais et en Belges libres, respecter largement.

Mesdames, Messieurs, le Congrès national wallon est ouvert. J'accorde la parole à M. le secrétaire général Schreurs.

(Applaudissements).

Scène 9

Fernand SCHREURS - Personne ne songe plus à nier l'existence du problème wallon.

C'est que, pendant la guerre et les années qui l'ont précédée, les griefs de la Wallonie contre la structure actuelle de la Belgique se sont accumulés et la population wallonne en a pris conscience avec une force grandissante.

1. La Wallonie ne retrouve pas dans la Belgique d'aujourd'hui le pays qu'elle a créé en 1830. Ce qu'elle voulait à l'époque, c'était un Etat débarrassé de l'hégémonie néerlandaise, dont la culture serait essentiellement française, qui entretiendrait avec la France des relations fraternelles. La Belgique française de 1830 s'est peu à peu changée en une Belgique bilingue, pour en arriver à une Belgique en voie de néerlandisation.

Sans doute, beaucoup de lois votées en faveur des Flamands étaient-elles justes et répondaient-elles à de réels besoins. Les Wallons l'ont compris.Fallait-il obligatoirement supprimer la primauté de la langue française, mettre sur le même pied la France amie et l'Allemagne brutale ? Un nouveau climat moral a été créé, on en revient à l'état de choses contre lequel les Wallons ont fait la révolution de 1830.

2. Dans la Belgique d'aujourd'hui les Wallons sont en minorité. En additionnant le chiffre de la population wallonne à celui de la population bruxelloise on obtient un chiffre  inférieur à celui de la population flamande. Cette situation est très grave. Désormais la Wallonie même aidée de Bruxelles- et l'on sait par l'exemple du passé que nous ne pouvons guère compter sur cette aide - désormais la Wallonie est condamnéeà subir la loi de la majorité flamande

Quand donc, à l'avenir, l'Etat belge accordera quelques satisfactions aux Wallons c'est parce que les Flamands le jugeront bon, mais ceux-ci pourront tout aussi bien refusersi l'intérêt  des Flamands le commande. Nous dépendrons sans aucune échappatoire possible de leur bonne volonté. L'économie wallonne court les plus grands dangers. De nombreuses usines de nos bassins industriels ont fermé leurs portes.

LE "BELGE" - Nos banques ! Où sont nos banques ?

Fernand SCHREURS - J'y viens. Le Conseil économique wallon nous apprend que le pourcentage du personnel salarié occupé dans les établissements industriels de Wallonie par rapport à l'ensemble de la Belgique a baissé quatre fois plus rapidement que la diminution de la population.

Nos banques disparaissent ou se muent en agences de puissants établissements bruxellois. La concentration financière nous écrase chaque jour davantage.

LE "BELGE" - Nous écrase chaque jour davantage. Point 4 ! Point 4 !

Fernand SCHREURS - 4ème point - En matière de travaux publics, la Wallonie est traitée en parente pauvre.

LE "BELGE" répète - En matière de travaux publics, la Wallonie est traitée en parente pauvre

THERESE - En parente pauvre.

Fernand SCHREURS - Les autostrades, les belles gares de chemin de fer,les ports bien outillés,les canaux à grande section sont réservés presque exclusivement à la partie flamande du pays.

Les petites villes flamandes sont desservies par de bons trains, mais il faut une journée entière à un Arlonnais pour se rendre à Liège.

THERESE - Le régime des allocations familiales aggrave la situation économique du pays wallon.

LE "BELGE" - Il procure à la Flandre une main-d'oeuvre à bon marché.

Fernand SCHREURS, reprend - main-d'oeuvre à bon marché qui attire vers les provinces du Nord les industriels plus soucieux de la réduction des prix de revient que de l'avenir des Wallons. Rappelons que les allocations familiales ne sont attribuées qu'à partir du quatrième enfant et sont dès lors dévolues aux pères de famille flamands naturellement prolifiques. C'est la naissance des premiers enfants qu'il faudrait aider en Wallonie. Mais la majorité qui dirige la Belgique refuse une telle réforme.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que ces griefs ou tout au moins la plupart d'entre eux sont présentés par le mouvement wallon.

1888 à Liège, Mouvement,

Fédération

"Société de propagande wallonne"

En 1899 : "Ligue wallonne"

1905 : Congrès wallon à Liège : retentissement considérable.

L'INDEPENDANTISTE - Emile Jennissen ! Olympe Gilbart !

Fernand SCHREURS - Pour la première fois se dégage le sentiment national wallon. 1906 : Un journal Le réveil wallon !

Fernand SCHREURS - Une élite seule est touchée, la masse wallonne n'est pas encore émue.

L'INDEPENDANTISTE - Hector Chainaye

LE "BELGE" - Albert Mockel

L'INDEPENDANTISTE - Maurice Wilmotte

Fernand SCHREURS - 1911 : Les Wallons érigent un monument à la victoire républicaine de Jemappes. 1912 !

LE "BELGE" - Jules Destrée !La Lettre au Roi Albert !

TOUS - "Lettre au Roi" !"


Suite de la pièce : Le Coup de semonce