Le Cercle Condorcet de Liège met en cause une autocensure de la presse

25 avril, 2011

Communiqué du Cercle Condorcet

Plusieurs centaines de citoyens venus des quatre coins de la Belgique francophone, et quelques Flamands, ont suivi avec le plus grand intérêt les travaux de la journée consacrée à l' « Après-Belgique ? » par le Cercle Condorcet et l'Université de Liège le 2 avril dernier.

L'esprit de ce colloque se voulait et a été fidèle à la vocation première des Cercles Condorcet : contribuer à développer la réflexion critique citoyenne par la confrontation d'opinions diverses.

Sous la houlette du professeur Jules Gazon, les meilleurs experts universitaires du droit, des finances publiques, de la politique, dont plusieurs Flamands,  y ont exprimé, avec une rigueur toute scientifique, sans tabou, les contraintes et les options auxquelles le monde politique est confronté, tentant, mais le tente-t-il vraiment ? , de trouver une issue à cette crise qui s'éternise.

Le public qui n'a pas eu la chance de participer à ces travaux aurait pu, aurait dû, prendre connaissance de leur teneur grâce à la Presse, avertie et invitée par les organisateurs.

Il n'en a rien été : à deux exceptions près (Le Soir, L'Avenir), aucune présence, aucune marque d'intérêt de la presse écrite, quotidienne comme périodique ; et, excepté RTC-Liège, aucun écho des médias audio-visuels. Encore la notable exception du Soir a-t-elle donné lieu à une manipulation, retirant de son contexte un fragment d'une des options présentées pour lui faire dire son contraire, et la brève rectification concédée le surlendemain suite à des protestations ne suffit pas à légitimer le procédé.

Comment expliquer ce silence assourdissant de la presse belge francophone, si loin de ses habituelles déclarations sur le respect des lecteurs et auditeurs et de son discours convenu sur le devoir d'informer ?

On peut craindre qu'il ne s'agisse d'omerta, d'autocensure, face à la présence, parmi les options exposées, à égalité avec les autres thèses et avec un même respect intellectuel pour chacune d'elles, du scénario haï entre tous : celui de possibles rapprochements qui pourraient s'opérer entre les francophones belges et la France.

Difficile en tout cas d'invoquer la surabondance des sujets d'actualité et les choix de priorités incontournables à l'heure où ces mêmes médias consacrent sans lésiner leurs pages et leurs antennes à la frite belge ou à un prince fantasque.

Cette carence médiatique témoigne pour le moins d'un manque de considération envers les scientifiques de très haut niveau qui ont tenu à mettre leur expertise à la disposition de citoyens soucieux de fonder leur opinion sur des bases solides ; elle témoigne aussi d'un certain mépris envers ces citoyens eux-mêmes, qui croient trouver dans la presse une information complète, pluraliste et de qualité.

« Shame », entendait-on  il n'y a guère ?

Présidence: Albert Doppagne

Secrétariat: Michel Lemmens

Remarques

Il est vrai que la moindre expression de belgicanisme a, elle, les honneurs du petit écran quasi de manière automatique, petit écran qui, d'ailleurs, avec la complicité de la grande presse, finit par faire réussir ses manifestations en y appelant sur le modèle de la publicité commerciale dont l'efficacité est bien réelle.

Il est vrai aussi que Le Soir a caviardé l'intervention du Professeur Thirion. Celui-ci s'est exprimé, soulevant l'enthousiasme malsain de l'assemblée, en reprenant à son compte toutes les argumentations sur l'incapacité des Wallons devenues la ligne foncière de toutes sortes de réunionismes par ailleurs peu aptes eux-mêmes à se réunir. C'est ce que la revue TOUDI ne cesse de dénoncer.

On ne peut pas dire que le Congrès de l'Institut Destrée aurait été mieux traité par les médias, mais il s'efforce sans doute de créer avant toutes choses une dynamique wallonne concrète à laquelle chacun est invité à assister, mais qui a moins besoin de bruits médiatiques que les prises de position très élémentaires, dont le rattachisme qui était manifestement à la clé du colloque liégeois, les deux interventions des personnalités  plus scientifiques et allant dans ce sens, étant placées à la fin du colloque sans doute pas par hasard. Aucun tenant de la thèse de l'autonomie wallonne n'ayant d'ailleurs été invité à s'exprimer, alors que le Professeur Eric Defoort de la NVA fut la vedette incontestée de la matinée, la Wallonie étant à plusieurs fois huée pendant le discours (et non l'intervention car il s'agissait d'une harangue), de Thirion.

On peut s'étonner aussi que dans le communiqué ci-dessus, les organisateurs n'ont rien épargné de leur énergie rédactrice pour éviter d'employer ne serait-ce qu'une seule fois les mots Wallons et Wallonie. Ce qui est une autre manière d'autocensure qui s'accorde sans doute à ce sur quoi fait fond, essentiellement, la dérive ultra-rattachiste du mouvement wallon qui tient de plus en plus lieu de suicide symbolique pour une opinion petite-bourgeoise crispée dans ses rancoeurs. Loin, très loin des partisans de la réunion à la France des 20 et 21 octobre 1945.

Voir Un colloque où la Wallonie s'est trouvée piégée