Histoire et engagement

Toudi mensuel n°42-43, décembre-janvier 2001-2002

Pier Paolo Pasolini disait que l'histoire était la passion des fils qui voudraient comprendre les pères, Dans un autre contexte que celui de la monarchie belge, certains historiens n'hésitèrent pas à écrire que «l'histoire ancienne est devenue une fonction légitimante des engagements du temps présent»1 mais encore que «le passé et son interprétation pèsent toujours sur les acteurs d'aujourd'hui»2. En effet quiconque essaye d'analyser l'histoire de toute collectivité humaine et étatique se doit d'être conscient de l'usage «politique» potentiel de celle-ci, la science historique étant en elle-même un acteur permanent des événements politiques contemporains.

Pourtant elle devrait aussi permettre de contempler les faits d'un passé, aussi douloureux soient-ils. Mais peut-on étudier de manière parfaitement froide et détachée des événements toujours douloureux pour un certain nombre de personnes?

Nous répondons, sans une once d'hésitation: non, il n'existe pas d'histoire dépourvue de valeurs «éthiques», d'histoire où la recherche de la vérité historique serait privée de la moindre ambiguïté, n'en déplaisent aux positivistes si répandus en Belgique... L'histoire de tout peuple a une dimension tragique voire traumatique, cette dimension étant évidemment plus importante en certains endroits que d'autres (le continent africain). Une approche trop rationaliste, un trop grand détachement intellectuel et la recherche obstinée de la «vérité historique» ne peut déboucher que sur une histoire évitant la controverse voire le débat «habermassien». Cette histoire, ainsi privée de toute passion humaine, serait en quelque sorte dépourvue de tout jugement de valeur et par conséquent de victimes, mais aussi de bourreaux et de responsables. Il nous semble donc important d'affirmer qu'il n'existe pas d'histoire sans valeurs «éthiques» ou purement «scientifique», chaque analyse possédant un ton, une «saveur», un style particulier, ce qui n'empêche nullement une recherche historique sérieuse3. Lassés de voir l'histoire de la monarchie belge transformée en conte édifiant destiné aux sujets du Royaume, nous avons donc pris l'initiative de ce numéro où «la boue, l'or et le sang»abondent4 .

  1. 1. Roy Foster History and the irish question. Transactions of the Royal Historical Society, vol 33 (1983), pp. 169 et s.
  2. 2. Roland Marx, La question irlandaise et la vérité historique, in L'Histoire N°115, octobre 1988, p. 70
  3. 3. Voir en ce sens, DG Boyce, Nationalism in Ireland , 2nd edition, Routledge, London 1991, p. 399
  4. 4. Expression de Vandervelde à propos du Congo léopoldien