Du rattachisme de certains wallingants

Toudi mensuel n°17, mars-avril 1999

Ces derniers temps, un nombre impressionnant d'hommes politiques, dont certains furent proches du Rassemblement wallon, évoquent le rattachement ou la réunion à la République française.


Ils sont rejoints en cela par des Jacobins en manque de belgitude, qui après avoir déserté nos terres wallonnes pour Bruxelles se verraient bien complimenter à Lutèce avec les honneurs de la Légion ou les Palmes académiques.


Les amis de Monsieur Dorin (*) utilisent leurs énergies à rebaptiser nos provinces en départements, de l'Ourthe ou des Forêts, alors que d'autres, restés au pays, luttent contre le déclin.


Est-ce cohérent de la part de ceux-là même qui se revendiquaient du fédéralisme intégral et européen, pacifiste et progressiste, et qui proclamaient haut et fort que la Wallonie ne retrouverait la prospérité que lorsque les Wallons redeviendraient eux-mêmes?


N'est-ce pas une fuite et une démission que de croire une fois de plus que le salut viendra d'ailleurs?Est-ce raisonnable?

Le régime présidentialiste de Paris, qui ne signa la Charte des minorités du Conseil de l'Europe qu'en y faisant acter l'inexistence de minorités sur son territoire, sera-t-il accueillant à nos populations pétries des libertés locales, de la Charte de Huy, de la Paix de Fexhe, de l'autonomie jalouse de nos beffrois?

Notre histoire  témoigne de l'ouverture à tous les peuples, voisins, proches ou lointains. Notre imbrication dans la francité est-elle synonyme d'un enfermement dans l'Hexagone?


L'Europe tournera-t-elle enfin le dos au nationalisme, avec son corollaire, le bellicisme, de la première moitié du vingtième siècle, qui a fait d'elle un cimetière. Veut-on réveiller le chauvinisme grand-francais, le pan-germanisme, ou d'autres déclinaisons slaves ou latines? Au secours Grandgagnage, Mockel, Wilmotte, Baussart, Leclercq, vous tous apôtres de l'aile culturelle et humaniste du mouvement wallon !

Peut-on trouver une issue à la crise wallonne en niant sa nature économique et sociale? Les Renault, Suez, Usinor, AXXA, Total, qui, malgré les salaires ouvriers inférieurs aux nôtres lorgnent vers les contrées de plus pauvres traditions syndicales encore que leur ouvre la mondialisation, vont-ils créer chez nous les milliers d'emplois qui nous manquent ?

Des pays comme le Danemark ou même le Luxembourg existent et sont parfaitement viables, mais le drame des wallingants démissionnaires, francolâtres, montagnards comme jacobins, dont les visées sont tellement étroites que leurs regards ne peuvent que fuir vers le sommet de la Tour Eiffel, est qu'ils n'ont jamais fait confiance aux populations de Wallonie.


(*) Monsieur Dorin  a reçu, à titre exceptionnel, au terme de sa prestigieuse carrière diplomatique, le titre d'ambassadeur de France et il anime le groupe France-Wallonie-Bruxelles à Paris.